Véritable gueule de bois ce matin pour les Francophones…

Et voilà, c’est arrivé, ce vote que l’on a réussi a éviter pendant 6 mois en 2005 : la majorité flamande qui décide seule de la scission de BHV, dossier symbolisant les droits de la minorité francophone.

C’est une véritable agression en effet pour les Francophones, c’est un drame pour notre pays.

C’est notre mode de fonctionnement et de décision « à la belge » qui est remis en cause : une rupture, disent unanimement les partis francophones, la rupture de l’équilibre national, la rupture de notre pacte des Belges, pour reprendre les mots de Didier Reynders.

J’ai difficile de décrire ce que je ressens aujourd’hui…

J’ai malgré tout toujours gardé l’illusion que nous pourrions garder notre pays uni, en trouvant des « aménagements institutionnels ». Alors que pourtant, sur 3 années de travail au fédéral, au sein d’un cabinet ministériel, j’en ai vu des mésententes communautaires, même dans des domaines inimaginables. Prenons la sécurité routière par exemple : si je fais le bilan des dossiers, j’ai parfois plus fait front avec mon collège socialiste francophone, qu’avec mes collègues du VLD, sur des dossiers tels que le transport de marchandises (la vitesse des camions sur autoroute), la réforme du contrôle technique, ou la répartition du fonds des amendes routières (les Flamands estimant devoir avoir plus parce qu’ils contrôlaient plus…). Je vous passe les détails…

Ce que je me dis, après un acte aussi grave, un acte déloyal vis-à-vis des Francophones, c’est comment va-t-on encore pouvoir discuter sur les autres dossiers ? Vont-ils continuer à jeter aux oubliettes notre technique même du compromis ?

Et la Belgique ? Un avenir encore ? Si les Flamands bafouent les droits des Francophones sur un dossier aussi symbolique que BHV, comment imaginer travailler sur notre système fédéral ? Je croyais en une discussion qui aurait pu revoir notre régionalisation, dans un sens comme dans un autre, pour un bon fonctionnement du pays pour tous les Belges. Mais là ?

Je voudrais encore dénoncer certaines déclarions flamandes que je trouve inacceptables : « il s’agit d’un vote de démocratie, respectant les électeurs ! » Comment peut-on affirmer que le vote électoral fédéral en Belgique, c’est la Flandre ?! « Les Francophones n’ont pas voulu discuter, ils n’ont pas proposé de solutions ! » Mais bien sûr que si, les compromis sont sur la table depuis 2005, mais les Flamands ne veulent pas en discuter, étant esclaves de leurs des composantes extrêmes de certains de leurs partis comme Spirit pour le SPa ou la NVa pour le CD&V…

Il faut se remettre dans le contexte du début des réformes institutionnelles et du mécanisme de fédéralisme. La fixation de la frontière linguistique a du tenir compte de la réalité : des parties de territoire bilingues, des Francophones vivant en territoire flamand. C’est pourquoi la solution avait été de respecter le territoire flamand, tout en respectant les droits des Francophones qui y vivaient : le mécanisme des « facilités ». C’était un bon compromis, dans le respect des deux communautés, et pourtant, quel respect a-t-il eu ? Pour arriver aujourd’hui à tout remettre en cause ? Pourquoi refuser de voir la réalité de terrain de nouveau, et donc envisager de rectifier les frontières de la Région bilingue ?

J’éprouve une certaine peur aujourd’hui, je crois, peur du devenir de mon pays, face aux politiciens flamands d’aujourd’hui qui n’ont manifestement pas le même sentiment national que certains de leurs prédécesseurs.

Il ne s’agit pas d’un problème de partis politiques, de choix de majorité, mais bien d’un conflit réel entre des deux grandes communautés. A l’heure actuelle, il est normal et important que les Francophones réagissent à cette rupture de la loyauté fédérale, par la procédure adéquate qui est la mention en conflit d’intérêt. Et demain alors, j’espère vraiment, que chaque communauté pourra se remettre en question pour assurer un avenir à une Belgique, qui se veut respectueuse des droits de ses communautés…

C’était juste quelques réflexions, comme un besoin de me confier à vous…