Mesdames et Messieurs, Chers collègues,
J’ai l’honneur de vous adresser quelques mots aujourd’hui pour célébrer cette date du 15 novembre, importante pour notre pays. En effet, nous fêtons notre Roi.
Mais qui a-t-il derrière cet évènement ?
Un peu d’histoire…
On ne peut pas évoquer la fête du Roi, encore si souvent appelée à tort « fête de la Dynastie », sans revenir aux sources mêmes de la royauté et donc de notre pays
Lorsqu’en 1830, la Belgique doit décider de la manière dont elle sera gouvernée, c’est la formule de la monarchie que le jeune état va adopter, mais une forme de monarchie démocratique et moderne, à savoir la monarchie constitutionnelle et parlementaire : les pouvoirs du souverain seront limités, définis par la Constitution, et s’exerceront à travers des ministres responsables devant le Parlement.
C’est en 1866, qu’il est décidé, afin de rendre hommage au Roi, d’instaurer une « Fête du Roi » et le choix du 15 novembre, jour de la Saint-Léopold selon le calendrier liturgique, se fait spontanément. Pour la petite histoire, la date changera par la suite en fonction des nouveaux souverains. Durant la régence, elle prendra brièvement l’appellation de « Fête de la Dynastie », mais pour être définitivement fixée au 15 novembre, comme « Fête du Roi ».
Depuis sa création, la Belgique a vu six rois se succéder à sa tête, six personnalités d’envergure, souvent convaincantes, parfois controversées, toutes cependant convaincus d’œuvrer dans l’intérêt de la nation qu’elles ont incarnée.
Quel est le rôle du Roi ?
Le Roi cumule dans sa personne un ensemble de fonctions et de responsabilités. Il est en effet associé à l’exercice des principales fonctions fédérales : Chef de l’Etat, il assume notamment les tâches de représentation de l’Etat, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; il est titulaire du pouvoir exécutif, et également l’une des branches du pouvoir législatif ; il contribue aussi à l’exécution des décisions de justice.
En fait, le Roi règne, mais ne gouverne pas. Sa fonction est plus symbolique, mais pas moins importante : il remplit un rôle d’influence. Celui-ci s’exerce chaque jour au travers de ses rencontres, ses discours, ses messages où il s’informe, questionne, critique, convainc, rappelle, suggère ou met en garde, sans jamais pouvoir ni imposer, ni interdire (1).
Etre Roi dans un état fédéral, avec les particularités qui sont les nôtres, la différence de langues, de culture, l’existence de trois communautés, n’a jamais constitué une mission aisée.
Depuis le début de son règne, Albert II encourage l’entente entre les différents niveaux de pouvoirs et entre les communautés. Partisan d’une société multiculturelle, il dénonce le racisme, soutient les initiatives en faveur de la construction européenne, et tente de moderniser la monarchie belge. C’est un homme d’aujourd’hui, proche des gens et sensible à leurs problèmes. Il jouit d’un capital sympathie indéniable auprès de la population.
Il est difficile en cette journée de ne pas évoquer le contexte politique actuel : c’est sur fond de crise que nous fêtons notre souverain. En rupture de loyauté fédérale, de confiance, la situation de notre pays remet en question le principe même de la royauté et de la Belgique…
Mais le Roi, que cela plaise ou non, a bien sa place au sein de cette actualité. En effet, c’est bien auprès de lui que TOUTES les personnalités politiques viennent chercher un avis, une orientation dans les choix de pistes de réflexions, de solutions pour sortir de la crise, c’est chez lui que l’on vient chercher la confiance.
Lui qui, pourtant, a été à maintes reprises critiqués auparavant par rapport à ses propos rassembleurs tenus lors de différentes manifestations, jusqu’à voir son rôle parfois remis en question.
L’on ne peut en effet pas passer sous silence l’importance, même symbolique, de la fonction médiatrice du Roi depuis ces 158 jours de négociations gouvernementales, et depuis ces 8 jours de véritable crise communautaire.
Il y a 4 jours à peine, nous fêtions l’anniversaire de l’Armistice de 14-18, en mettant à l’honneur les anciens combattants, ces hommes et ces femmes qui ont couru le risque de perdre leur propre vie pour défendre l’indépendance et la liberté de leur pays. Nous ne pouvons accepter que les disputes actuelles de nos communautés discréditent leurs sacrifices.
Je me permets de vous adresser maintenant mon sentiment plus personnel…
J’ai seulement 29 ans, et pourtant j’ai beaucoup de difficulté à accepter l’effacement, voire la disparition du sentiment national chez certains hommes politiques, pourtant mes aînés souvent de seulement 10 voire 15 ans, présents, je le constate, plus particulièrement, dans une des deux grandes communautés de notre pays, ce sentiment national qu’avaient encore leurs prédécesseurs.
Et je ne comprends pas non plus la volonté de certains, vivant dans l’autre grande communauté du pays, de se rattacher à la France, certes un grand pays, mais qui n’est pas le nôtre.
J’ai seulement 29 ans, mesdames, messieurs, mais… je crois ! Je crois en l’Avenir de notre pays, même si, plus que probablement, il subira un nouveau « lifting », entendez une réforme de l’Etat : régionalisation de compétences, qui peut s’entendre avec une refédéralisation (j’ai envie d’y croire), ou quand bien même une autre forme étatique, mais pour autant que cette réforme de l’Etat préserve notre unité, notre équilibre national, notre Pacte des Belges.
Et je crois en l’Avenir de notre royauté, car le Roi, par son rôle d’influence, est et doit rester le symbole de l’unité nationale et le gardien de la loyauté fédérale, pour :
une Belgique qui porte et préserve les droits et les libertés de ses citoyens,
une Belgique fidèle à son histoire et respectueuse de ses compatriotes qui se sont battus pour elle,
une Belgique garante de l’entente et de la solidarité entre ses communautés.
Vous comprendrez, mes chers amis, pourquoi, au moment de terminer cette allocution, je me permettrais d’ajouter un « wagon » à la traditionnelle formule…
…En ce 15 novembre, je vous invite à lever votre verre en l’honneur de notre Roi, Albert II, et à travers lui, en l’honneur de la Belgique :
« Vive le Roi – Leve de Koning – Es lebe der König »
« Vive la Belgique – Leve België – Es lebe Belgien »
(1) Extrait de Pierre-Yves Monette, dans La Constitution belge – Lignes et Entrelignes, sous la direction de Marc Verdussen, éd Le Cri, 2004, p. 219.